L'ESPACE FRANCOPHONE AIDS 2016

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Retour sur les tables-rondes de l'Espace francophone

Traitements en prévention (TasP, PrEP), politiques des drogues, situation en Afrique de l'Ouest, coinfection TB/VIH, prise en charge des adolescents… pendant toute la conférence de Durban, l'Espace francophone a organisé une séries de tables rondes en présence des acteurs francophones de la lutte contre le sida. Retour sur ces débats.

Adolescents et VIH

2 millions d’adolescents vivent aujourd’hui dans le monde avec le virus du sida. Malgré les progrès faits en matière de prévention et d’accès aux traitements, en Afrique, le sida reste la première cause de mortalité chez les jeunes âgés de 10 à 19 ans selon l’Unicef, avec un nombre de morts liés au sida parmi les adolescents âgés de 15 à 19 ans qui a plus que doublé depuis 2000.

Que retenir de cette table ronde ? Estelle Tiphonnet
La question de la prise en charge des enfants et plus particulièrement des adolescents vivant avec le VIH reste encore peu traitée. Pourtant, au niveau mondial, en 2014, le nombre d’adolescents vivant avec le VIH était estimé à 2 million. Plus de 80 % des ces adolescents résident en Afrique sub-saharienne.

Les éléments qui ressortent de manière prégnante dans les échanges sont la question de l'annonce du statut aux enfants et adolescents nés séropositifs, quand, comment, et ce avec une forte réticence des parents à dévoiler le statut aux enfants, par peur de la rupture de confidentialité dans le cercle familial et social (la question du silence est un lourd fardeau pour les familles) ; le désarroi des soignants qui ne savent pas comment faire, et les souffrances liées au décès des jeunes patients ; enfin l'entrée des adolescents dans la vie sexuelle. Comment accompagner ces jeunes qui ont droit à une vie sexuelle et reproductive, à l'instar des autres jeunes ? Les expériences relatées autour du projet Grandir ont clairement démontré qu'un meilleur accès aux traitements, une formation de qualité des personnels et un accompagnement psychologique et social de qualité, permettent de faire face au vieillissement des files actives pédiatriques avec une augmentation de la proportion d’adolescent.e.s suivi.e.s. dans de bonnes conditions.

Témoignages sur les difficultés de prise en charge des adolescents :

- Fabienne Hejoaka, anthropologue (université de Loraine & IRD) a beaucoup travaillé sur la question de l’annonce de la maladie

- Rejane Zio, coordinatrice du programme Grandir de Sidaction en Afrique de l’Ouest : comment expliquer la mortalité chez les adolescents en Afrique ?

- Atsou Alley, psychologue, Espoir Vie Togo, association qui reçoit aujourd’hui plus de 300 adolescents vivant avec le virus du sida.

- Au Cameroun, la situation particulièrement difficile pour les jeunes MSM / Joséphine Mandeng Mbem & Désiré Zacharie Makong d’Alternatives Cameroun

Réduction des risques / PrEP

L'intervention de Bernard Jomier, Adjoint à la Maire de Paris, chargé de la Santé « On est dans la ligne politique de prendre en compte chaque population concernée et d'adapter nos interventions aux besoins de ces personnes. La PrEP a donc une place significative dans la stratégie de lutte contre le VIH »

L'étude Parcours / Julie Pannetier
Violence sexuelle et risque d'infection chez les femmes migrantes arrivées en France L’enquête PARCOURS menée auprès de migrant(e)s subsaharien(ne)s venu(e)s en France montre qu’au moins 30% de ces femmes migrantes suivies pour le VIH ont été infectées après leur arrivée dans l’Hexagone et que le risque d’infection est plus élevé chez celles ayant subi des relations sexuelles forcées. A la clé de ces résultats présentés le 19 juillet à Durban, des recommandations pratiques, en particulier en matière d’aide à l’accès au logement.
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Les résultats finaux d'Ipergay présenté à Durban
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Que retenir du débat ?
En présence de Bernard JOMIER, Adjoint à la Maire de PARIS, chargé de la santé du handicap et des relations avec l’APHP, Le Professeur Jean Michel MOLINA, Chef de service à l’Hopital St LOUIS, Nelly REYDELLAT Directrice du KIOSQUE INFO SIDA, Julie PANNETIER Chercheur IRD/CEPED et Aurelien BEAUCAMP, Président de AIDES.

L’implication politique de la ville de PARIS, qui en signant avec l’ONUSIDA, ONU HABITAT, et IAPAC en 2014 l’appel de PARIS, a engagé un processus de réflexion dont les buts sont d’arriver à faire diminuer les contaminations par de VIH de façon sensible.

Bernard JOMIER réaffirme la volonté de la ville de coller au plus près aux besoins des personnes, pour atteindre les objectifs fixés par l’ONUSIDA (90/90/90) ces objectifs sont nécessaires à viser mais pas suffisants pour arriver à nos fins.

Diversifier les accueils, les services proposés, avec des médecins spécialistes dans les lieux communautaires (Kiosque, SPOT) c’est ce que souhaitent mettre en place, Nelly REYDELLET, Directrice du Kiosque et Aurélien BEAUCAMP, Président de AIDES. Mais aussi s’attacher à informer et toucher les populations le plus exposées, et comme le rappelle Julie PANNETIER, les migrants forment le deuxième groupe le plus touché après les hommes qui ont des relations homosexuelles.

Les migrants pour la plupart s’infectent à leur arrivée sur le territoire français et fait à retenir, dans les premiers temps, lorsque leur situation n’est pas encore complétement réglée (absence de papiers, absence de logement, absence de travail régulier). Mais comme on l’a vécu au début de l’épidémie il est important de rappeler que la PrEP n’est pas réservée aux hommes qui ont des relations sexuelles, mais que cet outil, protège toutes les personnes qui peuvent être exposées au virus, pour Jean Michel MOLINA, la démarche PrEP est une démarche responsable de maîtrise de sa prévention, qui favorise les dépistages réguliers et autonomes.

La Ville de Paris devient aussi une locomotive pour un certain nombres d’autres capitales et grandes villes de par le monde, c’est pour cette raison que Bernard JOMIER et Anne HIDALGO, organiseront en fin d’année un atelier, à ABDIJAN, avec une trentaine de villes d’Afrique, pour dynamiser et accompagner le processus.

C’est tous ensemble que nous gagnerons cette bataille contre le virus et que nous renverserons les contaminations, mais pour cela, il faudra une implication réelle et sans faille des politiques dans tous les pays. C’est peut être une conférence mondiale couplée à une Assemblée Générale des Nations Unies qu’il faut imaginer la prochaine fois.

Des politiques des drogues et de RDR politico-dépendantes

« Le sida chez les usagers de drogues est totalement dépendant des politiques publiques » : la table ronde à l’Espace francophone a parfaitement illustré l’affirmation du Pr Michel Kazatchkine qui rappelle que pourtant « les données scientifiques devraient guider les politiques publiques ! ».

Au Sénégal, Idrissa Ba décrit l’expérience réussie du CEPIAD, centre de prise en charge intégrée des addictions à Dakar. Ouvert en 2015, il s'agit de la première structure de ce type : 150 personnes sont désormais sous méthadone, des équipes fixe et mobile distribuent des seringues… Le Centre a fait ses preuves. Mais il faudrait maintenant décentraliser, pérenniser (les financements dépendent du Fonds Mondial et de bailleurs internationaux) et changer l’environnement légal répressif.

Au Canada, Cécile Kazatchkine du Réseau juridique canadien VIH/sida, a vu évoluer la politique des drogues avec le changement de gouvernement : quand elle est arrivée au Canada en 2009, le contexte était celui d’un gouvernement conservateur, très en retrait par rapport aux politiques de RDR, qui a refusé la mise en place de programmes d’échanges de seringues en prison et a rendu très difficile la création de nouveaux sites d’injection supervisée. Une politique complètement modifiée avec l’arrivée du gouvernement de Justin Trudeau fin 2015 : la philosophie est désormais de baser la politique des drogues sur les Droits humains et la science.

En Russie, c’est le parfait et triste opposé que décrit Michel Kazatchkine, envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies sur la question du sida en Europe de l’Est et Asie centrale. Arrestations des usagers, non reconnaissance du traitement par la méthadone, pas d’échange de seringues… « La maladie y dépend de mauvaises décisions politiques » conclut-il.

L’île Maurice a longtemps été donnée en exemple en matière de politique de réduction des risques (9 cas de contamination sur 10 étaient dû au partage de seringues). L’association PILS dont fait partie Nathalie Rose, a été la première à mettre en place un programme méthadone d’abord clandestin puis dans le cadre d’une politique nationale promulguée en 2007. Mais depuis 2014 et l’arrivée d’un nouveau gouvernement, la politique a complètement changé : aucun nouveau patient sous méthadone (4.000 la prennent déjà) ; des traitements par des molécules non-adaptées et limités à 6 mois ; des distributions de seringues devant les commissariats… « Maurice était donné en exemple, conclut Nathalie Rose, aujourd’hui, le gouvernement nous fait honte ! »

En savoir +

Co-infection TB/VIH

L'interview d'Eric Fleutelot, conseiller régional en santé mondial, en Asie du sud-est, pour le MAE

Que faut-il retenir ? Serawit Bruck-Landais
Cette table ronde sur la co-infection TB et VIH nous avons vu qu'il y a eu des progrès dans le dépistage de la TB mais il reste à mettre ceci à l'échelle. La résistante aux traitements de la TB est aussi très préoccupante surtout en Asie du Sud Est. La coordination des programmes de prise en charge VIH et TB doit être améliorée en mettant le patient au centre et en favorisant des approches innovantes pour le depistage et la mise sous traitement.
Malgré le besoin, l'intégration des programmes fait face à des complications comme manque d'information et différence de culture de travail. Pour pouvoir travailler ensemble et répondre à des appels d'offres des bailleurs internationaux, il faut que chaque maladie arrive avec le gap identifié. Encore une fois, c'est l'engagement de la communauté qui bougera les lignes.

Déploiement de l’approche Test and treat & 3X90 : enjeux pour les PC focus sur les MSM en Afrique

L'interview d'Yves Yomb, Africagay contre le sida : « La PrEP pour tous en Afrique ! »

« Test and treat » : premiers résultats d'une étude de terrain en Afrique du Sud
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