L'ESPACE FRANCOPHONE AIDS 2016

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À Durban, des études made in France

PrEP à la demande ; allègement thérapeutique ; stratégie « test and treat » ; situation des Africains ayant des relations avec des hommes ; infections VIH chez les femmes migrantes en France ; Ebola et VIH :
plusieurs équipes françaises vont présenter les résultats de leurs recherches lors de la conférence de Durban. Tour d’horizon avec Jean-François Delfraissy, le directeur de l’ANRS.

PrEP à la demande

Très attendue, les résultats de la dernière phase de l’étude ANRS-Ipergay sur la PreP à la demande seront présentés à Durban. La Prophylaxie Pré-exposition consiste à proposer un traitement antirétroviral de manière préventive à des personnes non infectées par le VIH. La particularité de l'essai ANRS IPERGAY, mené avec l’association AIDES, est d’étudier la PrEP « à la demande », c’est à dire la prise d’antirétroviraux au moment de l'exposition aux risques sexuels. « On est arrivé un peu comme un vilain petit canard face au bloc américain qui défendait la PreP en continu explique le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, mais il y a maintenant une ouverture de l’OMS et d’un certains nombres de grands leaders qui s’accordent à penser que la PrEP à la demande permet sans doute une meilleure adhérence ».

L’essai, lancé en 2012, a été mené chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) séronégatifs ayant déclaré des comportements à risque et réalisée en double aveugle : la moitié du groupe a pris par voie orale l’antirétroviral Truvada au moment des rapports sexuels, l'autre un placebo. La première phase a montré une diminution de 86 % du risque d’infection. En novembre 2014, dans une seconde phase, tous les participants ont reçu le Truvada.

Ce sont ces résultats qui seront présentés en communication orale par le Pr Jean-Michel Molina (Hôpital Saint-Louis AP-HP, Université Paris Diderot) à Durban le 20 juillet.Bruno Spire (lnserm U912-Sesstim, Marseille) présentera parallèlement une analyse des comportements sexuels.

Allègement thérapeutique

Comment alléger un traitement que l’on doit prendre à vie ? L’intérêt serait multiple : intérêt des patients d’abord dont certains l’accepteraient mieux et auraient moins de risques d’effets secondaires. Intérêt financier ensuite car il coûterait moins cher. Plusieurs études étudient différentes pistes : moins de médicaments (exemple, l’essai ANRS 165 DARULIGHT sur une demi-dose de Darunavir) ou moins de prises. Ainsi, l’essai ANRS 162-4D évalue une trithérapie antirétrovirale de maintenance thérapeutique prise seulement 4 jours sur 7 dans la semaine. « La majorité des patients aujourd'hui se sentent à l'aise avec un traitement quotidien mais certains aimeraient faire des pauses, raconte Jean-François Delfraissy, ce qui pourrait favoriser l’adhérence ».

Le Pr Jacques Leibowitch du service d’Infectiologie de l’hôpital de Garches, avait obtenu lors de l’étude ICCARRE, des premiers résultats encourageants avec un traitement réduit à 5 puis 4 jours par semaine, voire moins pour certains patients. Pour les confirmer, l’ANRS a lancé en 2014 l’essai ANRS 162-4D, sous la responsabilité du Pr Christian Perronne (Hôpital de Garches, AP-HP). Il s’agit d’un essai non randomisé lors duquel les 100 patients inclus, en succès thérapeutique (charge virale indétectable depuis quatre ans) ont pris leur traitement 4 jours consécutifs sur 7. Il s’agissait de voir si cette stratégie permettait de maintenir une charge virale inférieure à 50 copies/mL.
Les résultats sont présentés en poster par le Dr Pierre de Truchis (Hôpital Raymond Poincaré de Garches, AP-HP) le 19 juillet.

Test and treat

Tester et traiter, « test and treat » : plusieurs essais tentent d’évaluer cette stratégie qui consiste à mettre immédiatement sous traitement les personnes diagnostiquées séropositives. Celui de l’ANRS (ANRS 12249 TasP) sera le premier à fournir des données à Durban sur les conséquences de cette stratégie sur l'épidémie en population.

Il a été conduit dans une des régions sud-africaines les plus touchées, le KwaZulu-Natal où la prévalence peut aller jusqu’à 29%. Entre mars 2012 et avril 2016,13 239 habitants ont été inclus dans le bras intervention et 14 916 dans le bras contrôle. L’intervention évaluée consiste tout d’abord à proposer systématiquement et régulièrement un dépistage rapide du VIH. Quand le test est positif, une mise sous antirétroviraux est alors immédiatement proposée, avec des centres de soins mobiles pour faciliter l’accès aux soins en plus des centre de santé. Le but est d’évaluer l’efficacité de la stratégie « Universal Test and Treat » dans la réduction de la transmission du virus du sida chez des populations fortement touchées. « C’est un enjeu majeur explique Jean-François Delfraissy, de savoir si avec un traitement extrêmement précoce, on peut envisager de réduire l’épidémie dans des pays à très haute prévalence comme l’Afrique du sud ».

Les résultats de cet essai randomisé seront présentés par le Pr François Dabis (Université de Bordeaux, Inserm U1219) le 22 juillet.

Mieux connaître les HSH en Afrique de l’Ouest

On sait que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) font partie des populations les plus exposées à l’infection par le VIH, notamment en Afrique. Mais on connait mal cette population. L’étude ANRS CohMSM doit permettre d’obtenir plus des données sur les HSH africains afin notamment de mettre en place de nouvelles stratégies de prévention. « Pour prendre des décisions, constate le Pr Delfraissy, on manque de données sur qui sont-ils, quel est leur environnement, quels sont leurs comportements, leur acceptabilité d’un suivi, les craintes d’un rejet… ».

386 HSH séronégatifs ont été recrutés dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest - Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali et Sénégal - et ont été suivis pendant six mois : rendez-vous trimestriel, pendant lequel était effectué un dépistage du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST), accompagné de conseils de prévention et d’une mise à disposition de préservatifs. Ils pouvaient bénéficier d’une prise en charge médicale en cas d’infection.

L’étude a été menée par Christian Laurent (Institut de recherche pour le développement, unité TransVIHMI) avec ARCAD-SIDA (Bamako, Mali), Espace Confiance (Abidjan, Côte d’Ivoire), la Division SIDA/IST, Ministère de la Santé, de l’hygiène publique et de la prévention (Dakar, Sénégal), le Centre Muraz et REVS+ (Bobo-Dioulasso, Burkina Faso), Alternatives-Cameroun (Douala, Cameroun), Coalition Plus (Paris, France) et l’unité SESSTIM UMR 912 (Inserm/IRD/Université Aix-Marseille, France).

Les premiers résultats de cette étude prospective sont présentés en communication orale le 21 juillet.

Femmes migrantes d’Afrique subsaharienne et risque d’infection en France

Comme son nom l’indique, l’enquête ANRS PARCOURS étudie les parcours de vie, l'infection à VIH et VHB des migrants d'Afrique subsaharienne vivant en France. Conduite par Annabel Desgrées du Loû (CEPED, UMR IRD-Université Paris Descartes, Paris) dans 74 services de Santé d’Ile-de- France en 2012-2013, elle a déjà montré qu’entre 35 et 49% des patients originaires d'Afrique et vivant avec le VIH avaient été infectés après leur arrivée en France. Chez les femmes, cette proportion est d'au moins 30%. L’idée est donc de mieux connaître les facteurs pouvant favoriser l’infection par le VIH chez ces femmes. Ces résultats seront présentés en communication orale par Julie Pannetier (CEPED, UMR IRD-Université Paris Descartes, Paris) le 19 juillet.

Patients VIH et épidémie Ebola

Plus de 28600 personnes ont été infectées et plus de 11.000 sont mortes depuis le début de l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest en décembre 2014. Le virus a bouleversé des systèmes de santé déjà fragiles en Guinée, Sierra Leone et au Liberia. Solthis, présente en Guinée depuis 2008 et en Sierra Leone depuis 2011, a voulu mesurer l’effet sur l’accès aux soins et la continuité des traitements des autres pathologies. Ses équipes ont notamment constaté sur le terrain la peur des personnes vivant avec le VIH de se rendre dans les centres de santé pour consulter ou prendre leurs médicaments, l’interruption des traitements, l’augmentation du nombre de « perdus de vue ». L’analyse de l’impact de l’épidémie sur le suivi des personne vivant avec le sida en Guinée Conakry (« Low retention of patients in antiretroviral treatment during recent Ebola outbreak in Conakry ») sera présentée le 19 juillet.